Dimanche 9 août, une quinzaine de caravanes et de véhicules de gens du voyage ont investi un terrain communal à Sainte-Euphémie, dans l’Ain. Leur arrivée n’avait pas été autorisée par la municipalité. Pour entrer, ils ont déplacé un imposant bloc de béton de deux tonnes installé devant le portail.
Le maire, Emmanuel Geniquet, avait pourtant refusé leur venue quelques jours plus tôt. Le responsable du groupe avait demandé à s’installer dans le village, mais l’élu avait dit non. Lorsqu’il est venu constater les faits, il s’est entendu répondre : « Nous n’avons pas de lieu où nous implanter. Trévoux en travaux, Anse en travaux. »
Un bloc de béton de deux tonnes déplacé pour aménager le campement
Ce n’est pas la première fois que ce terrain est occupé. Au printemps dernier, l’accès n’était fermé que par deux cadenas, facilement ouverts avec une clé triangle. La mairie n’avait pas engagé de procédure, car les occupants avaient payé leur électricité et versé une somme au CCAS.
Depuis, le conseil municipal avait renforcé le dispositif avec deux blocs de béton devant le portail. Une mesure qui n’a pas suffi. L’un des blocs, pesant près de deux tonnes, a été poussé sur le côté pour laisser passer les caravanes. Un déplacement qui montre une sacrée détermination et une bonne dose de travail manuel.
- Créer des aires d'accueil dignes
Avec de l'eau, de l'électricité et un minimum de services. Ça évite les installations sauvages.
- Discuter en amont
Recevoir les représentants du groupe avant l'arrivée. Un dialogue franc vaut mieux qu'un bloc de béton.
- Mettre à jour les schémas départementaux
Nombre de places, localisation, entretien. Les décisions doivent être partagées.
- Anticiper les occupations
Prévoir un protocole avec la préfecture et la gendarmerie pour réagir vite et calmement.
Une installation sous tension et un branchement polémique
Le maire a porté plainte auprès de la gendarmerie de Trévoux et de la préfecture de l’Ain. Il reproche aux occupants de s’être raccordés à une bouche d’incendie pour avoir de l’eau. En période de canicule et de restrictions, laver les caravanes devant les habitants passe très mal.
« En période de canicule et d’incendies, laver les caravanes et autos devant la population, ce n’est pas ainsi que l’on se fait accepter », dénonce Emmanuel Geniquet. L’infraction liée à l’utilisation d’une bouche d’incendie est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Le maire attend désormais une réponse du préfet pour une éventuelle évacuation.
La mobilité des gens du voyage, un casse-tête français
Cet incident n’est pas un cas isolé. Partout en France, des communes se retrouvent confrontées à des installations sauvages. Les aires d’accueil sont souvent saturées ou inexistantes. Les terrains privés refusent les groupes. Résultat : les communautés se rabattent sur des terrains publics, parfois avec des méthodes musclées.
La mobilité des gens du voyage est pourtant un mode de vie reconnu. Mais sans solutions concrètes, les tensions s’accumulent. À Toulouse, en mars, une trentaine de caravanes étaient parvenues à s’installer sur un terrain municipal protégé par de lourds blocs de béton. Même scénario, même désarroi des élus.
La solidarité du groupe face aux blocages administratifs
Le déplacement de ce bloc de béton de deux tonnes n’a rien d’anodin. Il révèle une organisation collective impressionnante. Chacun met la main à la pâte : les hommes poussent, les femmes guident, les enfants courent entre les caravanes. Cette solidarité contraste avec l’isolement des habitants qui assistent, impuissants, à cette installation.
Certains y voient une preuve d’ingéniosité. D’autres, une provocation. Ce qui est sûr, c’est que le simple aménagement d’un campement peut tourner à l’épreuve de force. Le maire de Sainte-Euphémie, lui, ne compte pas en rester là. Il a saisi la préfecture et attend une réponse ferme.
- 🪨 Un bloc de béton de deux tonnes déplacé pour entrer sur le terrain
- 🚐 Une quinzaine de caravanes installées sans autorisation
- 🚒 Un branchement illégal sur une bouche d’incendie dénoncé par le maire
- ⚖️ Une plainte déposée auprès de la gendarmerie et de la préfecture
- 🏘️ Des tensions récurrentes entre communes et gens du voyage
- 🤝 Une solidarité visible au sein du groupe pour organiser l’installation
Quelles solutions pour éviter ces affrontements ?
La réponse ne viendra pas seulement des plaintes et des blocages de béton. Les communes doivent proposer des solutions d'accueil décentes. Les gens du voyage ont besoin d’endroits où s’arrêter, avec de l’eau et de l’électricité. Quand ces lieux manquent, ils les trouvent ailleurs, parfois par la force.
Dans l’Ain, la pression est forte. Trévoux et Anse, cités par le groupe, sont en travaux. Les aires disponibles sont rares. Chaque été, le même scénario se répète. Les élus réclament plus de moyens et des procédures d’expulsion plus rapides. Les associations de défense des gens du voyage rappellent, elles, le droit à la dignité et à la mobilité.
Le bloc de béton de deux tonnes a été remis en place, mais les caravanes sont toujours là. La question reste posée : jusqu’où iront les tensions, et comment sortir de cette impasse ? La réponse appartient aux politiques, aux préfets et aux maires. En attendant, Sainte-Euphémie retient son souffle.
Le béton ne suffit plus face aux caravanes
Est-ce que le maire peut faire évacuer le campement ?
Il a porté plainte et attend une réponse du préfet. L'évacuation dépend souvent d'une décision préfectorale.
Pourquoi les gens du voyage n'utilisent-ils pas les aires d'accueil ?
Elles sont souvent saturées ou inexistantes. Certaines communes n'en ont pas, ou elles sont trop petites.
Quel risque pour un branchement sur une bouche d'incendie ?
C'est une infraction passible de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.
Ça vaut le coup de porter plainte dans ce genre de situation ?
La plainte permet de formaliser le conflit. Mais sans solution d'accueil, le problème revient.
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Journaliste voyage formée à Lille, rédactrice en chef de bateau vert depuis Nantes. Passe ses étés à arpenter les canaux d’Europe en péniche, ses hivers à préparer la saison suivante.